La ferme Légumes chez Reno : l’art de conjuguer le développement durable au quotidien


La ferme Légumes chez Reno : l’art de conjuguer le développement durable au quotidien

GRANDE-ANSE, NB – le 5 janvier 2026 – Il s’appelle Reno Poirier. Il est agriculteur à Grande-Anse au Nouveau-Brunswick et en 30 ans, sa vision de l’agriculture n’a jamais changé. Autour de lui, on dit que c’est un défenseur de l’environnement et du développement durable. Quand on lui demande ce que ça veut dire le développement durable au quotidien en agriculture, la réponse est simple mais éloquente : « Je fais ce métier-là avec passion. Et pour moi, dans mon métier comme dans n’importe quoi d’autre dans la vie, tout est question d’équilibre. Tu reçois, alors tu dois donner. La terre me nourrit, je dois lui redonner sa part en retour ».

UNE RECONNAISSANCE

En mars dernier, Reno Poirier et sa conjointe Kathy Smith ont été récompensés pour le travail accompli sur leur ferme Légumes chez Reno. Ils ont reçu le prix provincial IMPACT en développement durable 2025 décerné par le RDÉE Nouveau-Brunswick. Rappelons que cette reconnaissance s’inscrit dans le vaste chantier IMPACT qui est un projet mené par les quatre RDÉE de l’Atlantique, le Centre québécois de développement durable (CQDD) et le RDÉE Canada pour sensibiliser, former et accompagner les entreprises acadiennes et francophones à l’adoption de pratiques d’affaires durables.

Légumes chez Reno, c’est 220 acres en culture, pour la production de grains et du foin servant principalement à alimenter les porcs et les vaches, et une importante production maraîchère : 40 variétés de légumes en serres et en champs, des fraises et finalement des fleurs en serres.

Alors qu’est-ce que font Kathy et Reno de particulier et qui leur a valu ce prix ? On peut résumer cela en quatre grandes actions : appliquer des pratiques agroécologiques, traiter leurs bêtes en tout respect du bien-être animal, favoriser les circuits courts et tisser des liens étroits avec la communauté.

PRENDRE SOIN DES BÊTES ET DU SOL

Quand on dit que les bêtes sont bien traitées, comprenez que les vaches et les porcs passent le plus de temps possible dehors. « On a leur a créé un milieu de vie pour qu’elles aient le plus de liberté possible, dit Reno. Faut pas oublier que c’est pour nous qu’elles travaillent ». Pour les porcs, c’est trois saisons en nature, dans de très grands enclos. Dans ces pâturages forestiers, ils peuvent fouiller le sol en toute liberté et manger à leur guise les grains et les légumes de la ferme. Les vaches, quant à elle, jouissent aussi du grand air en saison chaude. Elles aussi profitent du menu de « chez Reno ». On l’oublie souvent mais les grands principes du bien-être animal ont des avantages majeurs pour la bête, mais aussi pour l’agriculteur et le consommateur. Tous ces principes diminuent le stress de la bête, les maladies, le recours aux médicaments et peuvent même influencer la tendreté et la saveur de la viande.

Pour le sol, dit Reno Poirier, « Je lui donne ce qu’il y a de meilleur. Il faut le protéger, pas l’épuiser. » Concrètement ça veut dire le nourrir de matière vivante pour conserver le sol en bonne santé, garantir la productivité des cultures et même enrichir sa fertilité. Concrètement c’est du compost en grande quantité, des intrants biologiques, de l’arrosage au goutte-à-goutte, la diversité des cultures sur une même parcelle de terre, beaucoup de travail à la main, bref, une terre traitée aux petits oignons.
Les circuits courts, très courts

Quand on dit que Légumes chez Reno favorise les circuits courts, ce n’est pas que de la théorie, c’est une pratique au quotidien. Bien sûr, on s’approvisionne localement de tout ce qui est possible de trouver à proximité, des grains de semence jusqu’à l’équipement en passant par le fumier et autres engrais. À ce sujet, Reno nous parle d’une collaboration exceptionnelle avec une entreprise qui est à un jet de pierre de sa ferme. North Taste Seafood Flavorings produit des concentrés à saveur de homards et autres produits de la mer et également des concentrés de légumes. Les légumes, c’est Reno et Cathy qui les leur fournissent. De son côté, l’entreprise de transformation renvoie chez eux leurs résidus de homards et autres carapaces. « Imagine, dit fièrement Reno, moi je fais la chaîne complète. Je produis des légumes qu’ils vont transformer, je récupère leurs résidus, je mélange ça avec des résidus de tourbière du coin. Pis finalement je mélange ça avec mon fumier que je mets dans mes champs. ». Bingo ! Difficile de faire mieux comme circularité.

MARCHÉ RÉGIONAL DE CARAQUET

Kathy Smith est responsable de la production des légumes, des fraises et des fleurs à la ferme, mais elle a aussi un autre terrain de jeu qui lui tient à cœur, c’est le Marché régional de Caraquet. Un marché qui regroupe une quarantaine de producteurs agroalimentaires locaux. Kathy Smith en est la directrice générale depuis 10 ans. Quand elle en parle, elle en parle avec affection et on voit que les valeurs que Reno et elle défendent ne s’arrêtent pas aux portes de la ferme. « Moi, nous confie-t-elle, j’ai à cœur d’encourager la production locale. En plus, avec mon équipe on s’intéresse aussi à la façon qu’est produit ce qui est vendu au marché. On tient à connaître les producteurs, leurs histoires. Finalement, c’est un lieu pour écouler le stock, mais c’est aussi un lieu de partage et d’échange. »

C’est pareil à la ferme. Quand elle remplit les paniers des clients, elle glisse souvent une recette qui met à l’honneur les produits locaux. Mieux encore, quand elle cuisine, elle partage souvent avec les employés. Là aussi, on remarque l’expression de valeurs sociales écoresponsables.

Ces valeurs de partage et d’échanges sont présentes dans tout ce que font Kathy et Reno. L’un comme l’autre ne perd aucune occasion d’expliquer aux clients comment sont produites leurs denrées. « C’est une forme d’éducation, confie Kathy. Je pense que c’est aussi notre travail de faire ça. « Très présents sur les réseaux sociaux, ils ont même produit des capsules pour expliquer aux gens comment préparer et réussir leur propre potager. Cette préoccupation pour de la transmission du savoir agricole est aussi une valeur qui les anime et leur fait continuer ce métier beau temps, mauvais temps.

Reno se souvient : « Quand, j’ai commencé à 23 ans, il y en a eu des vieux qui m’ont aidé quand j’avais besoin de parler, quand j’avais besoin de conseils ou même d’une pièce d’équipement et que ces vieux-là la trouvait derrière la maison et qu’ils me la donnaient. Aujourd’hui, c’est à mon tour. C’est à moi de donner la pièce qui manque au prochain. Passer mon savoir à la prochaine génération, c’est mon héritage, c’est mon testament. »

Le parcours de la Ferme Légumes chez Reno rappelle qu’il est possible d’allier respect de la terre, engagement communautaire et pratiques durables au quotidien. Pour les entreprises et organisations qui souhaitent s’inspirer de tels exemples et explorer des avenues concrètes en matière de durabilité, les quatre RDÉE de l’Atlantique mettent à disposition des ressources et un accompagnement adapté. Profitez-en donc !